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Comment aller jusqu’au bout de ses projets photo ?

« J’finis pas mes phrases, j’connais pas les points J’commence après-demain, j’contrôle pas l’destin Rien n’est assez bien, j’finis jamais rien. Manquerait la moitié des traits si j’devais t’faire un dessin. »

-Orelsan & Gringe Inachevés – Casseurs Flowters

Il me semble qu’il n’y a rien de plus simple que lancer des projets mais que la réelle difficulté se trouve dans l’accomplissement.

Cela requiert beaucoup de courage de terminer un projet photo, cela signifie que l’on estime que son propos est assez cohérent pour être lâché dans le monde réel, c’est le moment ou l’on sait que nous ne sommes plus le seul spectateur de nos images mais qu’elles prennent part à quelque chose de plus grand qui nous dépasse.

Comment aller jusqu’au bout de ses projets, c’est ce que nous allons voir tout au long de cet article. Mais avant, il faut s’interroger, pourquoi avons nous tant de mal à terminer nos projets ?

Pourquoi nous ne finissons pas ce que nous commençons ?

La dure réalité, c’est que la plupart d’entre nous, ne réussissent pas à terminer leurs projets. Bien sûr, j’en fais parfois également partie et c’est ce qui a motivé l’écriture de cet article.

Nous démarrons tous motivés par l’excitation de la nouveauté, mais peu à peu, les semaines passent et nous oublions l’étincelle qui a déclenché le désir de poursuivre le projet en premier lieu, celui ci est alors délaissé, l’enthousiasme finit par disparaître et il meurt définitivement.

Par la suite, nous essayons d’éviter de nous retrouver face à ce nouvel échec qui affecte une fois de plus la confiance, et l’estime que nous avons de nous même.

Ce cycle répétitif d’inachèvements impacte le moral, et démotive. Les échecs font perdre la motivation à beaucoup d’artistes. Les projets avortés sont difficiles à digérer car chacun d’entre eux représente un fort investissement personnel et émotionnel.

Quest ce qui déclenche ce cycle d’abandons ?

L’abandon peut survenir pour plusieurs raisons. Certaines personnes abandonnent pour éviter de se confronter à l’échec, pour ne pas percevoir l’échec de leur projet comme un échec d’eux même, ou encore pour éviter de se confronter au succès, et ses conséquences.

Oui, vous ne rêvez pas, vous avez bien lu. La peur de réussir existe.

En quoi consiste cette peur de réussir ?

Tout simplement en un auto-sabotage de ses propres capacités au moment de finaliser un projet quel qu’il soit. Celui qui est en est atteint, sait qu’il est capable d’atteindre son but, et que son projet fonctionne et c’est justement ce qui lui fait peur, que ça marche un peu trop bien. Que le succès vienne modifier son quotidien, qu’il se retrouve avec de nouveaux problèmes qu’il n’a pas envie d’affronter.

Alors il s’invente des excuses pour esquiver la finalisation d’un projet qu’il a pourtant accompli a 80%. C’est une immense quantité d’énergie qui est utilisée pour avancer dans un projet qui subitement est lâché et délaissé sans aucune raison apparente.

À l’inverse, il existe une forme d’abandon qui vise à lâcher très vite son projet après l’avoir démarré, avant même d’avoir eu le temps de le développer assez pour qu’il ressemble à quelque chose de cohérent.

Pourquoi agir de cette manière ?

Afin d’éviter la confrontation à ses capacités réelles, souvent en deçà de ses capacités fantasmées. C’est la peur que le résultat ne soit pas en accord avec la forme imaginée. Alors pour éviter de se confronter à sa propre médiocrité, puisque rappelons le, quand on débute, le résultat n’est jamais à la hauteur de ce que l’on s’imagine, nous prenons la fuite.

Le projet n’étant pas réalisé, il ne peut pas échouer…

C’est à force de travail, et d’adaptation aux conditions réelles que se construisent les meilleurs projets. L’idée d’un projet ne s’accorde jamais avec la réalité. Elle ne représente qu’un point de départ sur lequel construire les fondations de son exécution.

Vous ne pouvez pas esquiver ce face à face avec la déception du résultat obtenu VS le résultat espéré, si vous souhaitez évoluer.

Le problème que l’on rencontre c’est l’association de l’échec du projet en question à celui de notre propre personne.

Chaque échec semble nous marquer au plus profond de nous même. Dans notre chair, dans notre âme. Mais rappelez vous, ce n’est pas parce que l’un de vos projets a échoué, que vous êtes un échec. Aveuglés par la déception de l’échec subi, nous oublions le potentiel d’apprentissage qu’il recèle, la source d’information qui nous permettra de mieux réaliser le suivant.

Construire un cercle vertueux

Commencez dès aujourd’hui à troquer votre cercle vicieux d’abandons prématurés, pour un cercle vertueux d’accomplissements.

Mêmes des petits accomplissements suffisent à relancer la machine. Et par la même occasion, développer votre confiance en vous, et en votre capacité à aller jusqu’au bout de vos projets. Ce qui sera bien utile lorsque vous aurez accompli 80% du travail et que vous hésiterez à tout lâcher.

Pour quelle(s) raison(s) avez-vous commencé le projet ?

Confusion entre une envie et un objectif

Pour quelles raisons avez vous débuté ce projet ? Était-ce sous le coup d’une impulsion passagère ? Auquel cas, le projet disparaîtra de votre vie et de vos envies aussi vite qu’il est apparu. Ou bien est-ce que ce projet provient de l’intérieur et se doit de venir au monde.

La racine de la motivation n’est pas assez profonde. Sans discipline, et un réel engagement on ne peut pas traverser les périodes de doutes. Fonctionnez à l’envie et à la motivation, et vous aurez de grandes chance de ne jamais terminer vos projets.

Si vous avez perdu de vue les raisons pour lesquelles vous poursuivez ce projet, faites vous un petit rappel. Si celles ci sont assez importantes, remettez vous en route.

Faut-il vraiment terminer tous ses projets ?

L’abandon est nécessaire

Abandonner ce qui doit être abandonné n’est pas un problème. Ce qui l’est, c’est l’abandon systématique, y compris de ce qui devrait être poursuivi. L’abandon n’est pas quelque chose de négatif en soi, il y aura beaucoup de projets que vous devrez abandonner en tant qu’artiste pour plusieurs raisons. (manque de temps, manque d’envie etc)

Tous ces projets abandonnés vous font progresser, ils servent d’expérience pour les suivants.

Le temps est la ressource la plus importante que vous possédiez. Vous ne pouvez pas l’accorder à tout le monde, et vous ne pouvez certainement pas l’accorder équitablement à chacune de vos idées.

Imaginez un entonnoir, chacune de vos idées de projets entrent dans cet entonnoir, puis celles qui valent le coup, qui méritent votre temps et attention sont filtrées pour atteindre le monde réel. Ces idées sont promues au rang de projet, que ce soit en ayant un dossier à leur nom sur votre disque dur, dans votre classeur, une petite boîte de tirages.

Des dizaines, peut être même des centaines d’idées passeront par cet entonnoir et pourtant, vous n’en réaliserez que quelques unes.

Vous comprenez maintenant l’importance d’abandonner ses projets au bon moment. Décider avec lesquels on veut passer son temps et grandir.

Un projet n’est jamais terminé, seulement abandonné

« L’art n’est jamais terminé, seulement abandonné.« 

Léonard de Vinci

Un projet terminé ça n’existe pas, il n’y a que des projets que vous abandonnez au moment le plus opportun. En leur donnant une autonomie, en les laissant voler de leurs propres ailes, nous leur permettons d’exister.

La question n’est pas de savoir s’il faut ou non abandonner mais quand abandonner

Quel est le meilleur moment pour se séparer de son projet ?

Abandonner au bon moment

La rupture entre le photographe et son projet à l’image d’une rupture amoureuse peut être brutale et douloureuse. Mais elle peut au contraire, être calme et bénéfique.

Vous avez déjà peut être vécu cette situation, ou vous avez conscience que continuer à vous accrocher au projet, essayer de le poursuivre et y ajouter de la matière viendrait entacher toute l’histoire que vous avez traversé avec lui jusqu’à maintenant.

Mettre un terme à son projet est parfois le meilleur moyen de s’empêcher de ruiner tout le travail accompli précédemment.

Tout comme lors d’une rupture, parfois c’est vous qui décidez de partir, parfois c’est l’autre. C’est la même chose en ce qui concerne votre projet photo. Il y a des projets qui se terminent par eux même, sans vous prévenir même si vous vouliez qu’ils se poursuivent. D’autres qui pourraient se poursuivre mais que vous décidez de stopper volontairement.

Mais alors, comment déterminer la fin d’un projet ? Comment déceler le meilleur moment pour s’en détacher ?

Cela nécessite beaucoup de courage de regarder la vérité en face et se dire : ça ne fonctionne pas. Parfois l’abandon est à envisager et n’est pas une honte. Ce que je veux que vous fassiez c’est d’arrêter de considérer ces projets abandonnés comme des échecs, mais plutôt comme des étapes qui serviront dans le futur.

Ne réfléchissez pas trop avant de débuter un projet, mais réfléchissez avant de l’abandonner.

Voyons voir dans quels cas, il est judicieux d’abandonner son projet.

Trier ce qui doit être poursuivi de ce qui doit être abandonné

Les signes qui montrent qu’il est temps d’arrêter son projet photo :

Le projet ne vous correspond pas

Ne faites rien si vous savez du fond du cœur que quelqu’un d’autre peut faire mieux

Faire mieux ici n’a rien avoir avec la technique ou le résultat final. Si vous sentez que le projet que vous tentez de réaliser n’est pas en accord avec vous, ne le réalisez pas. Même si vous vous en sentez capable.

La capacité ne justifie pas toujours l’acte de création.

Si vous n’aimez pas une idée, ce n’est pas forcément parce qu’elle est mauvaise, mais peut être juste parce qu’elle n’est pas faite pour vous. Les bonnes idées ne suffisent pas, il y en a partout, ce sont celles pour lesquelles vous êtes capables de vous investir jour et nuit qui vous correspondent.

Un point final naturel lié aux circonstances

=Le projet se termine par lui même

« Je ne pense pas qu’un artiste puisse décider quand quelque chose est terminé. Il n’y a jamais assez de temps, jamais assez de résolution ou d’assurance. L’ombre d’une fin tombe sur vous, que vous le vouliez ou non… Je ne le savais pas avant mais le projet était déjà terminé. « 

Curran Hatleberg

Le problème n’est pas réellement de terminer son projet, il se terminera tout seul quand vous n’aurez plus rien à ajouter sur le sujet. Vous le ressentirez. Oui, si vous y aviez consacré quelques années supplémentaires, cela aurait pu faire un meilleur livre, une meilleure exposition mais c’est la vie, parfois les projets se terminent par eux même avant que vous n’ayez eu l’occasion de prendre plus d’images.

Dans certains cas, c’est le sujet qui n’est plus accessible. Par exemple lors d’un déménagement, de la destruction d’un bâtiment, du décès d’une personne…

Photographier, pour moi c’est avant tout un acte d’amour, je ne photographie que ce qui est important pour moi. À chaque fois que je réalise un portrait, aussi brutal ou intime soit-il, c’est une manière pour moi de l’exprimer, de dire je t’aime, tu es important pour moi.

Lorsque quelqu’un disparaît subitement de notre vie, il ne nous reste plus que ses images, et il est impossible d’en ajouter une seule. Mon arrière grand-mère a disparue il y a peu et aussi bizarre que cela puisse paraître, j’ai ressenti que c’était la fin en fermant définitivement ce petit dossier appelé « mamie » sur le disque dur de mon ordinateur. Je me souviens très bien avoir pensé « je ne pourrai plus jamais te photographier ». Dans ce cas précis, le plus douloureux d’entre tous, c’est la mort qui a décidé à ma place de la fin de la prise de vue.

Je dirai que parfois la prise de vue se termine toute seule selon les circonstances, mais que l’editing lui, peut se poursuivre tant que l’on ne décide pas du contraire.

Facteurs externes qui encouragent une forme de finalité (livre, exposition)

« La publication d’un livre peut être un soulagement, en ce sens qu’il y a une date limite au-delà de laquelle vous ne pouvez plus travailler. Il y a le danger de dépasser le point où les rendements diminuent. »

Gregory Halpern

Voici une étape indispensable pour atteindre son objectif de terminer un projet : la deadline.

C’est un mot effrayant mais qui signifie de manière simple une date limite. Je préfère personnellement la désigner comme une échéance imaginaire. Nous avons tendance à assimiler cette date limite à une contrainte négative car elle nous rappelle les travaux à rendre à l’école, ou au travail sous peine d’être sanctionné. Alors, pourquoi faudrait-il absolument se fixer une date de fin, laquelle serait synonyme de présentation du projet ou du travail ?

Parce que sans cette date, il y a de grandes chances que le projet ne voit jamais le jour, et ce serait bien dommage. Sans cette date, la réalisation du projet risque de s’étirer dans le temps.

Selon la loi de Parkinson développée par l’écrivain britannique Cyril Northcote Parkinson en 1955 : « Une tâche tend à remplir le temps que nous nous sommes accordés pour son accomplissement. Quelle que soit cette durée.« 

Si le travail s’étale pour occuper le temps disponible à son achèvement, lorsque celui ci n’est pas défini, il n’y a aucune obligation qu’il arrive à terme.

Travailler sous la contrainte d’une limite temporelle pousse à donner le meilleur de soi même. En établissant une date à laquelle se tenir, nous trompons notre cerveau en lui mettant une pression positive pour accomplir les actions importantes que nous repoussons sans cesse au lendemain.

Parfois, la plus grande des libertés est celle de ne pas avoir le choix. La contrainte peut être extrêmement positive et vous aider dans l’accomplissement de vos projets, seulement si vous savez comment l’utiliser. L’objectif étant d’éviter ce point de non retour, ou chaque effort supplémentaire ne fait plus avancer le projet mais vous puise une énergie considérable. Chercher à perfectionner son projet en permanence est, passé un certain cap, totalement contre-productif.

Il faut savoir décrocher au bon moment, accepter que l’on aurait pu passer encore plusieurs mois à modifier des petits détails insignifiants. Mais qu’il est temps pour notre projet de voir le jour pour enfin être libéré, et pouvoir se concentrer sur le suivant.

Il faut parfois livrer un produit , même lorsque des améliorations pourraient encore y être apportées.

Les vrais artistes ont le courage d’expédier, de partager leur œuvre quand le moment est venu, ils l’assument et la soutiennent face aux critiques extérieures.

Le livre, ou l’exposition sont des facteurs externes qui concrétisent les efforts et motivent durant le processus de création. Publier un livre est ainsi l’une des meilleures manières de terminer un projet. Il donne un sens, organise le projet et le clos.

Le désintérêt progressif pour son sujet

« Je sais quand un travail est terminé, quand la charge retombe et que la chose qui vous a poussé jusqu’ici n’est plus présente. Vous pouvez vous sentir perdre le lien avec le récit. À ce stade, l’histoire a été racontée et risque maintenant de se répéter. »

Sîan Davey

Si vous ne prenez plus aucun plaisir à poursuivre le projet, arrêtez vous et posez vous la question: Pourquoi est-ce le cas ?

Soyez conscient du point de saturation que vous atteindrez à un moment donné vers la fin du projet qui vous indique qu’il est temps de le conclure. Une fois que le lien profond avec le sujet s’est évanoui, il ne reste plus qu’à trouver une conclusion satisfaisante. La perte de curiosité et d’excitation de sortir pour capturer de la nouvelle matière est un signe avant coureur qu’il est temps de s’arrêter. Si vous sentez que vous avez fait le tour et que vous êtes entrain de devenir une parodie de vous même de tourner en rond et de répéter les mêmes images, arrêtez vous.

Un projet se termine quand vous sentez que la connexion entre vous et votre sujet s’effrite et commence à s’estomper, quand vous perdez votre attirance ou quand vous avez la sensation d’avoir fait le tour de la question. En bref, lorsque vous n’avez plus rien à dire.

Il est beaucoup plus simple de mobiliser son temps et son attention pour quelque chose que l’on aime. S’il y a un moment où photographier n’est plus amusant pour vous, vous devriez probablement vous arrêter et poursuivre un autre type d’approche.

L’arrêt d’un projet : un processus réversible

Arrêter son projet ne signifie pas forcément l’abandonner pour toujours.

Ce qui effraie c’est le caractère irréversible, se dire qu’un projet est terminé, le fige dans le temps.

Oui, le livre fige les mots, et les images dans un ordre précis déterminé par l’artiste. Mais rien n’empêche le photographe d’en sortir une seconde édition, complètement différente dans le futur, d’ajouter ou retirer des images, d’établir une suite. La fin d’un projet est réversible !

S’engager dans une décision, un projet ne veut pas dire qu’il n’est plus possible de changer d’avis.

Une décision prise dans le présent semble gravée au fer rouge dans l’histoire, sans possibilité de modification. Même si nous avons conscience que le présent, est éphémère et voué à de nombreux changements, il est tout ce que nous avons et auront à jamais.

Un retour en arrière est parfois un pas en avant

Faites attention, car le principe d’engagement est très puissant et peut vous empêcher de faire marche arrière même si c’est la chose la plus judicieuse à faire.

Les recherches suggèrent que nous avons tendance à considérer une voie choisie de façon plus positive une fois que nous y sommes engagés. Ce qui est appelé « dissonance cognitive post décision » Ce phénomène empêche la reconnaissance d’une erreur et peut biaiser nos attitudes et affecter nos prises de décisions.

Vous ne pouvez pas revenir sur tous les efforts déjà investis, cessez d’y penser. Ne poursuivez pas un projet si vous ressentez qu’il vous faut arrêter, uniquement par ce que vous vous dites « tout ça pour rien ». Il y a une différence fondamentale entre persévérance et obstination.

« Si la cause est bonne, c’est de la persévérance. Si la cause est mauvaise, c’est de l’obstination. »

Laurence Sterne

N’oubliez pas que rien ne vous empêche de faire mieux, de recommencer ou de rétablir la situation. Vous avez le contrôle.

Laisser la porte entrouverte

« Je pense qu’il est tout à fait possible de sentir qu’un projet est « terminé » et pourtant laisser la porte ouverte à la révision. Si le travail vous rappelle, même des années après, il n’y a aucune raison de ne pas l’écouter et de l’aborder à nouveau. »

Richard Renaldi

Terminer un projet c’est comme laisser la porte entrouverte. Parfois le sujet que vous pensiez avoir traité dans son intégralité change, prend une autre tournure et vous ressentez le besoin de compléter votre projet. La porte que vous pensiez avoir refermé à clé demande à être ouverte de nouveau le temps d’une réédition, de quelques prises de vue supplémentaire.

Si vous avez besoin de revenir et compléter un projet que vous considériez comme terminé, faites le.

Certains projets ne le sont jamais réellement. Rien n’est définitif. Vous pouvez tout à fait, reprendre, modifier, rééditer un projet des années après. En agissant de cette manière, l’oeuvre devient comme un logiciel dont il suffit de télécharger la dernière mise à jour.

Ne pas abandonner trop tôt !

« Créer une startup c’est comme traverser l’Atlantique sur un radeau. Vous êtes un héros quand vous l’annoncez. Et vous êtes un réel héros quand vous êtes arrivé. »

Oussama Ammar

N’abandonnez pas en plein milieu de la traversée.

Lorsque l’on se lance dans un projet conséquent que ce soit la création d’une entreprise ou la réalisation d’un livre photo il y aura toujours des phases de solitude profonde à surpasser. La seule personne capable de vous sortir de ces situations difficiles c’est vous même. Vous ne pouvez compter sur personne d’autre dans les moments de doutes intenses.

Le moment le plus décourageant et le plus difficile à surmonter, c’est lorsque malgré tout le travail accompli nous n’avons pas la sensation de nous rapprocher de la fin. Quand le bénéfice de l’insouciance et de l’excitation du départ s’estompe mais qu’il n’y a toujours aucun signe de la ligne d’arrivée.

Si vous décidez d’abandonner le jour où vos plans et la réalité se séparent, vous ne terminerez pas beaucoup de projets.

Plus le projet sur lequel vous travaillez est ambitieux, plus vous pouvez passer de temps sans percevoir d’impact direct ou de progression qui indique la fin du projet. Cette partie du processus est décisive et sépare les artistes en deux catégories : ceux qui réussissent et ceux qui abandonnent (vraiment).

Voici un schéma qui est utile à la compréhension des étapes émotionnelles que l’on traverse de l’idée de départ jusqu’à la fin d’un projet. On l’appelle : « Le voyage émotionnel de la création d’un grand projet » –

Voici les différentes étapes de ce voyage émotionnel :

  1. C’est la meilleure idée du monde
  2. Ça va être amusant
  3. C’est plus difficile que je ne le pensais
  4. Ça va être beaucoup de travail
  5. C’est nul, je n’ai aucune idée de ce que je fais
  6. %@}!!! Sombre marécage de désespoir
  7. Ok mais ça craint toujours
  8. Vite, appelons ça une journée et disons que nous avons appris quelque chose
  9. Hmm…
  10. Hey !
  11. Wow
  12. C’est l’une des choses dont je suis le plus fier

Si vous êtes habitué à mener des projets à leur terme, vous devez reconnaître et avoir expérimenté de nombreuses fois ce schéma émotionnel.

Le comportement que vous décidez d’adopter lorsque vous vous retrouvez dans le creux, détermine le succès que vous aurez, pas seulement dans vos projets artistiques, mais également dans vos relations sociales, et dans la vie en général. Toute la difficulté étant que nous sommes seuls dans ce marécage du désespoir, notre entourage a d’autres choses à faire, leurs propres projets à mener à terme, leurs propres difficultés à surmonter, vous ne pouvez compter que sur vous pour le traverser sans vous laisser aspirer.

Comprenez que l’abandon est avant tout une affaire d’émotions. Le désir d’abandon est en fait assez prévisible puisqu’il survient toujours au même moment. Ce qui veut dire que l’on peut s’y préparer.

La bonne nouvelle, c’est que vous n’êtes pas vraiment seul, puisque de nombreux artistes sont également entrain de combattre le même processus, au même moment sur leur propre projet. Tous les artistes que vous admirez ont surmonté cette étape, si vous voulez vous aussi un jour peut être vous hisser à leur côté, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Quand c’est difficile, mais que vous savez que ce projet en vaut la peine, ne levez pas le pied, et ne songez pas à l’abandon, appuyez sur l’accélérateur.

Quand vous avez cette sensation de ne pas avancer tout en sachant que vous faites ce qui est nécessaire pour progresser, il va falloir vous accrocher à la confiance que vous avez en votre projet. La conviction que même si cela prendra considérablement plus de temps que prévu, vous allez y arriver et aboutir à un résultat. Faites confiance au processus.

Une mauvaise raison de ne pas poursuivre son projet :

« Ça ne sert à rien le sujet a déjà été traité »

Imaginez un instant. Après avoir passé des semaines, ou des mois à développer un projet, que vous vous rendiez compte qu’il en existe déjà très similaire au vôtre et qui en plus a plus de succès, a déjà été publié quelque part.

La première réaction est évidemment à la hauteur de la découverte. C’est la fin du monde, catastrophe, « tout ça pour rien », « je suis une merde, c’est mon projet en mieux réalisé »

Pas de panique !

Une idée n’a pas qu’un seul géniteur. Si cette idée a pris vie dans votre tête, c’est sûrement le cas dans celle de dizaines d’autres personnes au minimum, voire peut être des centaines ou des milliers.

Au lieu de déprimer dans votre coin, soyez enthousiaste. Prenez conscience, des différences qu’il y a réellement entre vos deux projets. Sont-ils vraiment jumeaux ces projets ? Probablement pas. Réfléchissez à vos motivations. Tomber sur un projet similaire est une opportunité de faire évoluer le sien et de prendre conscience de ce qui rend unique notre travail. Cette personne qui crée un projet similaire au vôtre peut devenir une nouvelle connaissance, contactez là, discutez ensemble de vos projets respectifs.

Le sujet peut être dans le fond le même mais prendre une multitude de formes différentes. Cela prend du temps de trouver une forme qui nous correspond, ce que l’on désigne généralement comme le style d’un artiste.

J’essayerai de vous écrire un article présentant des projets ayant un sujet commun, mais des angles et formes différentes.

Multiplier les projets pour éviter de se confronter à la finalité

Il n’est pas rare que la multiplication de projets photo devienne une distraction et une excuse pour arrêter de travailler.

Se lancer dans quelque chose de nouveau, est une option bien plus alléchante que celle de traverser une période difficile de découragement et de manque de résultat dans son projet actuel. Certains d’entre vous ont peut-être déjà vécu ce que je viens de vous décrire. Si vous vous reconnaissez dans cette situation, c’est que vous avez un jour été victime du syndrome de l’objet brillant.

Comme un pirate à la recherche d’un trésor qui abandonne sa carte et son trésor parce qu’il vient de trouver une nouvelle carte qui indique l’emplacement d’un gain plus conséquent, vous changez de cap, motivés par la promesse de cette éclatante nouveauté.

Le truc, c’est que vous ne savez même pas s’il y a un trésor au bout de cette carte. La plupart du temps, c’est une arnaque. La carte est fausse alors vous faites demi-tour. Mais quelqu’un d’autre est déjà passé par là et le premier trésor a disparu. Alors, vous retournez à la case départ, et partez à la recherche du prochain désir.

Tout ce qui brille n’est pas d’or.

Céder à la distraction et toujours être à la recherche d’un nouveau projet peut être agréable à court terme. Quel que soit cet objet brillant il fait oublier momentanément la dure réalité de la traversée. Mais la chute n’en sera que brutale et vous finirez toujours par faire face à la réalité, qui est la suivante : vous n’avez pas avancé d’un centimètre et le redémarrage n’en sera que plus douloureux.

Tout comme il existe des serial killer, il existe des serial quitters, autrement dit des personnes qui se justifient d’une série d’abandons qui ne fait que s’allonger. Leurs projets n’arrivent jamais à terme. Si vous faites parti de cette catégorie de personne; posez vous la question : Quelle est la dernière fois que j’ai terminé un projet ?

Il n’y a qu’en affrontant le processus jusqu’à son accomplissement que vous pourrez progresser en tant qu’artiste. Vous ne pouvez pas passer outre le marécage de désespoir du milieu d’un projet.

Comment rester motivé du début à la fin du projet

Imaginez une bibliothèque remplie de vos livres !

Lors de la construction d’un bateau, la première chose à faire pour garder sa motivation et son ardeur au travail est de s’imaginer sur le pont. Imaginer le bateau voguant fièrement sur les flots, fendant les vagues et traversant la brise. C’est la même chose en ce qui concerne la réalisation d’un projet photo. Vous devez être capable de visualiser votre livre de photographies, visualiser sa place dans votre bibliothèque.

Cette capacité de visualisation est essentielle, la structure se met en place mais le projet n’est pas encore construit. La seule chose qui vous motive à vous lever chaque jour pour continuer à travailler c’est d’imaginer le résultat final et la fierté qui s’emparera de vous une fois que vous l’atteindrez. Le projet bien qu’il ne soit pas encore terminé, existe déjà dans votre esprit et c’est la raison pour laquelle vous persévérez.

Soyez vigilants à l’approche de la fin

« Le danger est le plus grand lorsque la ligne d’arrivée est en vue. »

Steven Pressfield / The war of art

Nous l’avons évoqué plus haut avec la peur de réussir, à l’approche de la fin d’un projet il y a de fortes chances que s’abatte sur vous la procrastination. Que vous trouviez toutes les excuses possibles pour éviter de mettre un terme au projet.

L’auteur de « La guerre de l’art » Steven Pressfield développe le concept de Résistance.

Selon lui, la résistance ne peut être vue, touchée, entendue, ou sentie. Mais elle peut être ressentie.

C’est l’ennemi numéro 1 de tous les créateurs. Elle prend un malin plaisir à nous décourager, à nous empêcher d’évoluer. C’est elle qui tente de m’empêcher de m’asseoir devant mon clavier et écrire cet article. C’est elle qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour vous dissuader de travailler sur vos projets, sur ce qui compte vraiment pour vous.

Et sachez le, la résistance frappera à votre porte, lorsque vous vous approcherez de la fin d’un projet.

Vous allez inévitablement faire face à un choix, à un sentier qui se divise en deux axes distincts. À ce moment là, il sera plus simple de prendre la voie de la facilité.

Ne criez pas victoire trop vite

Ce cycliste mime une sieste avant de franchir la ligne, confiant de son avance

C’est généralement lorsque l’on pense avoir terminé son projet, qu’il faut déployer le plus de vigilance. Quand nous pensons être vainqueur, nous devenons soudainement aveugle à tout ce à quoi nous faisions attention pendant la traversée. Il n’est pas rare de trébucher sur une peau de banane quelques mètres avant l’arrivée sur un marathon de 42 kilomètres. C’est pas de chance.

Si vous voulez terminer la course, faites comme la tortue pas comme le lièvre. Cela prendra peut être plus de temps mais vous arriverez à destination, et souvent plus rapidement que ceux qui partent à toute vitesse mais abandonnent également à toute vitesse.

Ne criez pas victoire avant d’avoir accompli à 100% le projet. L’effort requis pour passer de 99% à 100% est souvent sous estimé.

Gardez la tête froide et vérifiez que tout est bien terminé.

Combien de fois en exportant le PDF d’un projet, je l’ai renommé « terminé » « terminé officiel » « celui ci vraiment » « le bon terminé vraiment enfin »

Avancez malgré la peur

« L’amateur pense qu’il doit d’abord vaincre ses peurs, avant de pouvoir se mettre au travail. Le professionnel sait que la peur ne peut jamais être vaincue. Il sait qu’il n’existe aucun guerrier sans peur ou aucun artiste sans crainte. »

Steven Pressfield

Lorsqu’il parle d’amateurs et de professionnels, Pressfield évoque un état d’esprit.

À ce sujet, je vous conseille la lecture de cet article: Turning Pro : Voici ce qui distingue le professionnel de l’amateur

La peur n’est qu’un mécanisme de défense. Elle fait partie des émotions qui accompagnent la prise de conscience d’un danger extérieur. Dans notre cas quel est le danger de terminer ses projets ?

La peur d’être jugé, de manière négative. La peur de ne pas être à la hauteur des attentes, à la fois des siennes et celles des autres. La peur du changement, positif ou négatif qui pourrait survenir par la suite dans nos vies.

Allez-vous, vous laisser consciemment malmener par vos peurs ?

Le plus important c’est d’avoir conscience des failles, des peurs, des biais psychologiques de la nature humaine. N’essayez pas de contrôler la peur. Il faut apprendre à avancer avec, car personne ne peut y échapper. Comme le dit Pressfield, il n’existe aucun guerrier ou aucun artiste sans peur.

C’est un combat que vous devez mener, sur la dernière ligne droite car tous les efforts, et l’énergie dépensée dans un projet peuvent partir en fumée si l’on s’écroule face à ses peurs à quelques mètres de l’arrivée.

Ayez le courage de mettre un terme à vos projets

« Il est glorieux de commencer une entreprise, mais il est plus glorieux encore de la mener à son terme.”

Henry Wadsworth Longfellow

Un projet photo est terminé quand vous décidez qu’il l’est, personne ne peut prendre cette décision à votre place.

N’oubliez pas, il faut beaucoup de courage et de discipline pour se lancer dans la création d’un projet photo mais il en faut encore plus pour aller jusqu’à son aboutissement.

Passez plus de temps à terminer vos projets, qu’à en commencer de nouveaux.

Merci d’avoir lu cet article jusqu’au bout, j’espère qu’il vous a plu et qu’il vous a aidé. N’hésitez pas à le partager à tous ceux qui en ont besoin même si ils ne le savent pas encore ! Et à laisser un petit commentaire, si vous avez quelque chose à ajouter.

Je vous retrouve bientôt pour le prochain sujet !

Si vous réalisez des projets photo, ce serait un plaisir pour moi de les découvrir, n’hésitez pas à me les envoyer si vous souhaitez en discuter.

Les miens sont disponibles sur le site. Notamment « Memento Mori »

Si vous souhaitez soutenir mon travail, l’écriture des articles et le développement des mes projets artistiques, vous pouvez y contribuer par l’acquisition d’un tirage. Pour cela contactez moi via instagram ou par mail à l’adresse suivante : aym.cstrl@gmail.com

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2 réponses sur « Comment aller jusqu’au bout de ses projets photo ? »

Une reflexion très intéressante sur le thème de la photo qui peux s’appliquer à differents projets artistiques. Un article precieux dans le cheminement de la création, des conseils éclairés et rationnels. L’aventure artistique jalonnée de doutes trouve au cours de la lecture de cet article des pistes a suivre, des étapes dans la création menant à l’aboutissement artistique (pas à tout prix). On retrouve l’objectif passionné du photographe en questionnement permanant, d’avancer et de faire partager sa réflexion, son experience, en etayant toujours ses sujets d’exemples, de citations… Un sujet, une analyse profonde, construite avec méthode, clairement énoncée, le decoupage en chapitres, sous chapitres permet une lecture aisée. Je ne vais pas faire trop long, juste encourager vivement à la lecture de cet article et feliciter, remercier Aymeric pour ce precieux partage.

Que dire de plus ! Merci pour ton commentaire et ton enthousiasme, qui fait chaud au coeur 🙂

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